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Les olympiques de la souffrance

22/12/2011

En effet, sous les apparences, il est malgré tout question d'amour. Le roman intime de nos souffrances nous rend intéressant aux yeux des autres. Il nous permet de sortir de l'anonymat car nous avons une histoire à raconter. Nous jouissons alors d'un sentiment d'exister qui nous rassure. Nous avons gagné un peu de la sympathie d'autrui et, finalement, nous sommes à la hauteur du malheur collectif même si nous ne pouvons pas monter sur le podium des véritables olympiques. L'attachement à nos drames agit en somme comme un prix de consolation dans une vie qui manque d'intensité, de sens et de créativité. Je rigole bien sûr. Il n'en reste pas moins que l'abonnement à la catastrophe intime est difficile à résilier parce qu'il nous offre une identité au quotidien.

Je ne suis pas loin de penser que le soin que nous mettons à raconter nos mésaventures avec force détails sert précisément à ce renforcement identitaire au jour le jour : « Regardez-moi, je suis soumis(e) au destin au point qu'il ne m'arrive que des choses regrettables qui me gardent dans l'impuissance, peu importe les efforts que je fais pour m'en sortir. » En effet, certains jours, n'avons-nous pas l'air de courir le cent mètres, le mille mètres, que dis-je, le marathon de la difficulté, avec toutes les grimaces assorties à l'effort déployé ? D'une haute valeur sociale, les Olympiques de la souffrance serviraient à justifier chacun dans sa vie de victime apparemment non choisie, et à conforter les spectateurs dans les différentes épreuves qui les affligent.

Le problème réside dans l'attachement à la souffrance

Je ne voudrais pas avoir l'air cynique en parlant ainsi. J'ai un profond respect pour la souffrance humaine. Elle possède son intelligence, elle vient nous dire quelque chose, elle a un sens. Un rhume peut signifier que nous sommes fatigué et qu'il est temps de se reposer. Le problème ne vient pas de là. Il réside dans notre attachement à la souffrance. Au lieu d'en apprendre quelque chose, nous la retenons à notre table par peur d'être seul. Mais, à la longue, cette invitée au banquet de la vie est de plus en plus dérangeante parce qu'elle n'est pas entendue. Elle est venue nous dire que nous ne suivons pas nos élans, mais nous préférons nous plaindre plutôt que d'aller vers eux.

Récemment, une amie me racontait qu'elle est allée suivre un séminaire auprès d'un homme qui enseigne que nous avons uniquement besoin de quatre expressions pour vivre en paix avec nous-même et avec les autres : « je t'aime, je suis désolé, pardonne-moi et merci ». Les gens qui apprennent à avoir des vies en cohérence avec de telles injonctions positives n'ont aucune chance de participer aux Olympiques de la souffrance. Pour être admis, il faut en connaître deux autres : « Ce n'est pas moi !» et « C'est de ta faute ! »

Je blague, je blague. Il n'en reste pas moins que nous finissons par passer nos bons coups sous silence car nous ne sommes pas certain que cela va intéresser les autres. Ce que nous ressentons lorsque nous sommes au meilleur de notre goût de vivre reste prisonnier en nous. Pourtant, le succès des véritables Olympiques n'est-il pas dû au fait d'être témoin des accomplissements d'athlètes qui ont suivi leurs élans ? Ils nous inspirent car ils incarnent nos rêves les plus secrets : sortir du rôle de victime pour créer une vie à l'image du meilleur de ce que nous sommes, une vie à la mesure de nos capacités d'amour, de générosité et de créativité. Bien entendu, ça demande quelques heures d'entraînement...


Commentaires des internautes (3)

  • Fleurdusoleil 06/05/2012

    Coucou Guy !
    Tout à fait exact sur la souffrance & ses identifications. Cependant, juste dire que j'ai eu l'opportunité de connaître un athlète de haut niveau qui a participé à de nombreux JO ainsi que bon nombre des ses camarades, alors oui l'exemple est approprié, sauf que dans la vraie vie, ces sujets après avoir performé dans le contrôle ont une fâcheuse tendance à se laisser aller, & lorsqu'ils quittent le milieu athlétique, idem, si ce n'est pire, et ceci est normal puisque le pendant du contrôle est le laisser aller.
    Par ailleurs, je ne suis pas du tout convaincue par la Méthode de pensée positive « je t'aime, je suis désolé, pardonne-moi et merci » qui est davantage appliquée dans le new age comme une méthode superficielle de pensée magique de réparation à toutes sortes d'insuffisances & de comportements plus ou moins déviants . cette méthode très connue dans ce milieu est usitée à la place de décisions lumineuses en amont, un vrai pansement sur une jambe de bois ...!
    Maintenant ... si ceux qui la pratiquent sont persuadés ou se persuadent d'aller bien ... à les voir ....il y a belle illusion.. !

    Mais bon ...la méthode Koué ça peut fonctionner ...! va savoir !

  • lilas 18/01/2012

    Bonjour Guy,

    Votre article me ramène à l'essentiel qui est de me dire souvent, comment j'entretiens mes souffrances et surtout comment je peux m'en sortir.
    Pour autant, je trouve que vous banalisez un peu dans votre article la souffrance de chacun car si elle est parlée c'est qu'elle existe bel et bien et elle peut encore nous faire mal.
    Que nous l'entretenions ou pas, ce n'est pas là que réside pour moi le problème. Je crois aujourd'hui que si nous voulons aller vers le meilleur de soi,il me parait essentiel de reconnaître et d'accepter que nous ayons cette souffrance.
    Oui, nous avons tous été victimes un jour et malheureusement pour un bon nombre d'entre nous , cela n'a pas été reconnu.
    Non ,cela n'était pas de notre faute.
    Dans les" c'est de ta faute", nous pourrions entendre "ce n'est pas la mienne" qui parle de notre coeur d'enfant.
    C'est peut être paradoxalement parce que l'on continue de se sentir coupable d'une violence que l'on nous a faite ( avec tous les scénarios que l'on connait) que l'on revendique haut et fort sa victimisation.

    Je suis éducatrice spécialisée et je travaille avec des enfants de 4 à 6 ans
    qui ont subi et continuent parfois de subir des violences physiques et psychologigues de la part de leurs parents . Ils n'entretiennent rien , ils souffrent . C'est bon pour eux de pouvoir leur dire: " C'est dur ce que tu vis, je comprends que tu sois en colère ou triste. Ce n'est pas de ta faute, ce n'est pas à cause de toi que tes parents agissent ainsi .... Que peut faire un enfant face au rejet et à la violence de ses parents? Je n'en ai pas encore vu qui croit à la responsabilité de leurs parents.
    Et c'est peut être parce que nous nous croyons encore responsables et coupables des violences qui nous ont été faites enfant que nous ne parvenons pas à devenir auteur de nos vies en continuant d'accuser l'autre ou la société de ces malheurs qui nous arrivent.
    Passer de la survie à la vie est peut être plus complexe que le fait d'entretenir aussi une identité au quotidien car quand cette catastrophe intime à lieu elle fait des ravages douloureux qui peuvent" tuer" progressivement un être à son insu.
    Accepter d'avoir été victime de l'autre, accepter de l'être encore de soi même parce que l'on se sent coupable souvent de la violence de l'autre( violence qui existe aussi), arrêter d'idéaliser nos bourreaux parce qu'il ne faut toucher à l'image idéale de nos parents ou de notre famille, est pour moi l'un des chemin qui parait aussi participer à la libération de cet état de victime.
    C'est sans jugement aucun que j'écris cela car les bourreaux d'hier ne sont aussi que des victimes qui n'ont pas étés reconnues à un moment donné en tant que telles.
    Voilà, Guy,j'accepte d'avoir été victime et j'accepte aussi de devoir en sortir mais ce n'est pas en banalisant cette souffrance d'enfant qui est
    encore en moi. Si je ne la reconnais pas et si je ne m'en occupe pas elle continuera à se faire entendre .
    Je pense aujourd'hui que le pire de tous les maux est de se sentir coupable d' oser s'accepter et de s'aimer tel que l'on est,victime ou pas.
    Je ne suis pas parfaite et si je le reconnais; je peux toujours choisir d'oser aller vers le meilleur de l'autre et de moi même.
    Alors je me souhaite bon courage et m'entoure tant que je peux de tout ce et ceux qui peuvent m'aider à le faire...et vous en faites partie!
    Merci





  • ClémSophro 24/12/2011

    Merci Guy, c'est joliment écrit.
    que de patients n'arrivent plus à se désidentifier de leurs souffrances : l'un qui passe sa vie à revenir sur son point douloureux, l'autre qui tient son agenda de douleurs, le suivant qui attend le prochain problème, le dernier qui programme sa semaine par une visite quotidienne d'un spécialiste de la santé...je vois toute la journée mes patients penser ainsi. Les souffrances sont bien là, mais il ne reste plus que çà.

    Du coup chaque début de rendez-vous commence par ma phrase fétiche: "Qu'avez-vous ressenti de neutre ou d'agréable cette semaine ? "
    et souvent ils restent bouche bée, leurs réponses : "rien, mais j'ai eu...."que du négatif.
    Objectif :Ramener de l'élan de vie, de l'enthousiasme, de la VIE

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